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  • Immersion in Russia

Récit d’un voyage d’Immersion in Russia




Que reste-t-il à écrire sur le Transsibérien, un voyage sur lequel tout a été dit ? Chaque mètre des 9288 kilomètres a le droit aux mots d’un auteur. Chaque rail a son vers, chaque wagon son poème. Voyage de tous les fantasmes, celui qui en parle le mieux ne l’a d’ailleurs jamais pris. A la question de Pierre Lazareff « Le Transsibérien vous l’avez pris ? » le poète Blaise Cendrars répondait « Mais je vous l’ai fait prendre non ? ».



Difficile d’accès pour le public étranger, la solution la plus sûre pour emprunter le Transsibérien est souvent de passer par une agence pour éviter d’obscurs sites de réservation Russe, s’assurer d’être entourés d’étranger et profiter de guides et de leurs conseils éclairés. Spécificité d’Immersion in Russia : le Russe est enseigné dans le Transsibérien.


Quelques heures après de chaleureuses présentations, le train démarre et s’enfonce lentement à travers le plus grand pays du monde, à travers ses excès, ses légendes et ses forces occultes. Nous voici embarqué dans le quotidien du Transsibérien, ses petits malheurs et ses grands bonheurs. Les belles rencontres, les jeux de cartes et les rires du wagon. Les Russes, les Ouzbeks, les Coréens ... Finalement vous embarquez autant pour les steppes et la taïga que pour la simplicité des relations. Nous voici à bord d’une parenthèse heureuse de nos vies : le Transsibérien.


Jérémie, Guilhem et Frédéric, les fondateurs de l’agence (qui voyagent avec nous) sont trois jeunes Français amoureux de la culture Russe qui se sont donné pour objectif de transmettre l’expérience qu’ils ont vécus en Russie : celle d’un pays dynamique, jeune, vivant et riche. Aux antipodes de nos pays européens, certes, mais ô combien fantasque, original et branché. Pourtant, la Russie intimide, et y voyager sans une agence spécialisée est trop exigeant.


Immersion in Russia a choisi quatre escales pour notre voyage : Kazan, capitale du Tatarstan. Ekaterinbourg, lieu de l’assassinat du dernier Tsar et sa famille. Le légendaire Baïkal et Vladivostok, terminus du train à la frontière de la Corée du Nord.


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Le ballet incessant des trains de fret nous rappelle que le Transsibérien a d’abord été construit pour des raisons économiques avant d’acquérir une aura romantique qui rayonne bien au-delà de la Russie. Aujourd’hui, c’est pour certains citoyens russes l’unique chose qui les raccroche à leur patrie. Les deux points communs entre un Moscovite et un Bouriate sont un passeport et les trains qu’ils empruntent.


Voyager sur le Transsibérien et y apprendre le Russe c’est devenir un peu étranger à soi-même et à sa culture. C’est emprunter l’Histoire et les coutumes d’un pays pour un temps. C’est ce que nous offre deux semaines de voyage et de cours de Russe dans le transsibérien : devenir des personnages de ce grand roman Russe.


La première chose qui me frappe dans le Transsibérien est la simplicité et la bienveillance des relations au sein du wagon. Il y a un je-ne-sais quoi étrange dans cette fausse pudeur Russe. Ils peuvent être froids et distants dans la vie de tous les jours mais l’on est bien loin de cela dans le Transsibérien. Les Russes partagent une culture du train et établissent la conversation avec une telle aisance que l’on croirait qu’ils se connaissent tous depuis des années. La conversation avec mes camarades de compartiment est rendue possible par Guilhem, qui nous sert d’interprète. Les premiers rires arrivent vite, juste le temps de faire son lit. Un homme qui finissait son journal a naturellement été interrompu par une dame âgée qui allait se coucher ; brève discussion depuis l’oreiller. Le train part pile à l’heure. 00h43. C’est parti pour traverser un quart de la planète en Transsibérien.

Il fait noir dehors, les lumières du wagon resteront allumées encore quelques instants. Le temps pour les discussions les plus tardives de s’endormir elles aussi. Les dormeurs dormiront, les ronfleurs ronfleront et les insomniaques attendront.


Notre voyage s’effectue en koupé, la seconde classe des trains Russe, qui nous offre bien plus de confort que les spartiates wagon platzcart : 54 couchettes, une seule toilette, zéro douche. Les cours s’effectuent dans les compartiments partagés par quatre voyageurs, je les suis le premier jour perché depuis ma couchette ; la musicalité de la langue Russe m’est agréable.

Rien n’interrompt ma lecture dans le calme du koupé le premier après-midi de train. Tout le monde nous identifie rapidement comme le petit groupe d’étrangers du wagon, ce qui nous attire la sympathie des enfants Russes qui nous mitraillent de questions sur nos pays et de la provdanitsa, la responsable de wagon, qui fait régner l’ordre sur son petit royaume.

A 19h les forêts blanches de bouleaux deviennent rouges, puis grises, puis noires. La luminosité tombe. La nuit, affamée par la journée, croque tout. D’abord les plaines, les quelques villages puis les arbres. On ne distingue rapidement plus que le bas-côté des rails.


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En récompense de ce premier jour de train : Kazan et ses trésors. Son kremlin, la forteresse de toutes les religions où se côtoient lieux de culte musulman, orthodoxe, judaïque, bouddhiste et encore d’anciens cultes Egyptiens. Le soir nous avons rendez-vous avec le vrai trésor du pays : l’âme Russe. Nous sommes reçus chaleureusement chez une famille Tatar, qui nous font découvrir nourriture et musique traditionnelle dans une ambiance dépaysante. Les visiteurs de notre groupe iront se coucher l’un après l’autre, épuisé par la découverte de la capitale du Tatarstan. Le grand salon se videra mais Roustam grattera son Dombra jusqu’au bout de la nuit.


Retour dans le Transsibérien dès le lendemain matin, où les guides nous apprennent lors de la préparation de nos couchettes que le Transsibérien est en fait un réseau de trains plus qu’une ligne de train. La plupart des trains empruntent la ligne principale (Moscou – Vladivostok), mais il est possible de bifurquer à Oulan-Oude pour emprunter le Transmongolien puis le Transmandchourien, qui traversera les steppes mongoles pour vous déposer à Oulan-Bator ou jusqu’à Pékin. Il existe également d’autres lignes Russes reliées à la ligne principale, comme celle du Baïkal – Amour.


Arrivés à Ekaterinbourg nous avons remonté la ville jusqu’au parc de la skver, traversé par une rivière. La visite rapide du musée des beaux-arts sur sa rive gauche. L’art de l’Oural du 19e jusqu’au début du 20e siècle puis quelques estampes japonaises. La pièce principale du musée est un pavillon de fer récompensé à l’exposition universelle de Paris en 1900.


Notre balade s’est ensuite enroulée autour de l’Eglise sur le sang versé. Construite sur l’emplacement de la maison Ipatiev et réquisitionnée par les bolcheviks le 27 avril 1918. C’est à cet endroit que le dernier tsar, sa famille et ses derniers servants seront assassinés la nuit du 16 au 17 juillet 1918. Eltsine fera détruire cette maison en 1977. Tout s’est fait, puis défait. La vérité sur ce qui s’est passé, les murs de la maison, ses portes, son toit, ses fenêtres. Se dresse aujourd’hui l’imposante église de tous les saints, une petite chapelle de bois et une croix blanche.

Le moment est saisissant. Le timbre grave du geôlier Iakov Iourovski s’adressant au Tsar résonne dans la voix du guide. Nikolaï Alexandrovitch, les vôtres ont essayé de vous sauver, mais ils n’y sont pas parvenus. Et nous sommes obligés de vous fusiller. Votre vie est terminée. Une salve de balle est tirée ; les corps tombent. Le guide brise le silence : les corps se brûlent, les vérités se manipulent et les murs se détruisent. Mais la violence, elle, laisse une trace dont l’écho résonne jusqu’à nos jours. Ce voyage nous emmène un pas plus loin dans l’histoire de la Russie.


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Les cours se poursuivent dans le train qui nous emmène jusqu’à Irkoutsk, l’arrêt privilégié pour accéder au Lac Baïkal. Nous passons à nouveau deux jours dans ce train. Les plus calmes de notre voyage.


Dans le Transsibérien, regarder le temps qui passe vous prend du temps. La musique, la lecture, discuter avec mes camarades de voyage m’occupe. Des tournois de cartes sont organisés après les traditionnels cours de Russes (dans lesquels nos progrès sont notables !). Au chevet des couchettes de certains les livres s’empilent, les plus à l’aise conversent déjà seuls avec des Russes. Jérémie, Guilhem et Frédéric sont toujours là pour nous indiquer le prochain arrêt, sa durée, nous offrir du thé et faire en sorte que notre voyage se passe au mieux.


Les vans qui effectuent le transfert au lac Baïkal nous attendent déjà à la Gare d’Irkoutsk à notre arrivée. Nous sommes dispatchés dans les deux fourgons ; c’est l’occasion d’apprécier d’une nouvelle perspective les steppes enneigées de Sibérie jusqu’au Baïkal.

L’arrivée au Baïkal agrandit l’horizon. Le lac gelé s’étend à perte de vue. Nous sommes logés dans le village de Kizhir, situé sur l’île d’Olkhon, la perle du Baïkal. Les premières promenades se font jusqu’au haut lieu chamanique situé à quelques pas de notre auberge. Les plus téméraires s’aventurent sur le lac. Les activités se succèderont durant les deux jours passés au Baïkal : les excursions nous mènent aux panoramas de la pointe sud de l’île et aux falaises abruptes du Nord. Nous passons nos soirées dans les banias de nos appartements : meilleur indicateur d’un pays qui ne sait pas trouver le juste milieu entre ses excès, la juste température entre chaleur brûlante et froid saisissant. Aux repas nos guides Russes font cuire nos chachliks à l’auberge ou nous partageons des soupes de poissons sur le lac : nous mangeons Russe, parlons Russe et dormons Russe.


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Nous quittons avec émotion le lac Baïkal pour remonter à Irkoutsk dans ce Transsibérien dans lequel chacun a désormais ses habitudes. Trois jours de voyage nous séparent de Vladivostok. C’est peut-être la dernière fois de ma vie que je monte dans ce train mythique, ce sont les trois derniers jours du voyage d’une vie. Je décide donc d’en profiter au maximum et pars explorer le train.


Il est possible de visiter l’immense Transsibérien, véritable ville roulante. Visiter les quartiers luxueux de la première classe, les odeurs et la vie bouillonnante du platzcart. Croiser les nombreuses nationalités qui se côtoient couchette après couchette.


Je m’arrête dans l’un des wagon restaurants. Un groupe de trois Russes remarquent que je suis étranger et m’invitent à leur table. Ils m’offrent une vodka, la serveuse m’offre à manger. Ils jouent aux cartes à un jeu que je ne comprends pas, tentent de m’expliquer les règles mais mon Russe n’est pas encore assez bon. Décontenancé par la situation ils choisissent alors de m’offrir une vodka. C’est alors qu’un des trois Russe a une idée brillante : organiser un concours de bras de fer, les jeux de forces sont universels. Heureux de cette nouvelle idée ils m’offrent une vodka.


Nous sommes quatre, l’organisation est facile, il y aura des demi-finales puis la grande finale. Je gagne facilement mon premier tour, me voilà donc en finale. La foule est hystérique. Je résiste, résiste, je prends l’avantage, nous forçons comme des bœufs, nos visages deviennent rouges, il me contre, je commence à lâcher, il casse la symétrie de nos bras, reprend un léger avantage. Des veines lui sortent du front, les miennes me sortent des avant-bras. Il me postillonne dessus, se rapproche de la victoire ... Toujours plus près. Ça y est, il a gagné. Il crie, éructe, tape trois fois sur la table pour me file une grande accolade. Russia Ura !


Le vainqueur a le droit à un shot de vodka. Moi, deuxième, j’ai eu droit à un shot de vodka. Le troisième, a eu droit à un shot de vodka en consolante. Le bon dernier a eu droit à un shot de vodka mais en a bu trois. On ne sait toujours pas pourquoi.


J’ai continué à écrire dans mon carnet en buvant les verres posés devant moi et en mangeant les sucreries que la serveuse continue de m’offrir. Nous nous comprenons tous bien mieux maintenant qu’avant les pichets de vodka. Le monde est bien simple dans le Transsibérien. Le train avance, les paysages défilent, les gens communient.


Un des Russes prendra mon stylo pour écrire un mot dans mon carnet. Je le traduirai seulement bien plus tard : круче нас только горы выше нас только звезды. “Plus raide que nous seulement des montagnes au-dessus de nous seulement des étoiles”, une chanson de l’armée Rouge.


Je me suis endormi, pour la dernière fois, dans le Transsibérien. Demain nous arriverons à Vladivostok. Il suffit de regarder derrière soi, vers les rails du dernier wagon, pour se remémorer le voyage que nous venons de vivre. Les rencontres, l’immensité du Baïkal, les progrès en Russe, les moments uniques, les amitiés formées et nos pays que l’on a oublié le temps d’une parenthèse enchantée.




Rémi Monti

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