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  • Remi Renaudie

A la recherche du véritable "son Soviétique"

Updated: Aug 14, 2019

Il est dur d’y voir clair dans le joyeux capharnaüm qu’est la classification des orchestres de musique classique à Moscou. Alors que le paysage symphonique en URSS pouvait se résumer simplement par Evgeny Mravinsky à la baguette du Philharmonique de Leningrad, Kirill Krondrashin à Moscou et Evgeny Svetlanov au National d’URSS - trois ensembles à la renommée internationale dirigés par trois chefs d’orchestres légendaires - la chute de l’URSS a chamboulé les orchestres ex-soviétiques qui se sont retrouvés face à de nombreux défis : la préservation d’une identité musicale, des batailles pour éviter la dissolution ou la faillite et la compréhension de logiques de mondialisation qui transforment le son des orchestres.


Trois décennies plus tard, le tissu orchestral Moscovite semble avoir achevé sa mue. Une mue faite de changement de noms d’orchestres, de créations d’ensembles et de la modernisation de phalanges éprouvées. Une recomposition qui balance entre perpétuation de la tradition Soviétique et uniformisation du son – certains diront banalisation - des orchestres à l’international. Il est vrai qu’il devient de plus en plus difficile de déterminer la nationalité d’un orchestre à l’oreille. Le « son Soviétique », si spécifique qu'il est reconnaissable entre tous, pourrait se résumer par des cordes homogènes qui vont droit au but, des vents puissants et des cuivres qui dynamisent un collectif bien rôdé. Ce mouvement international d’uniformisation, qui voudrait que les orchestres Français perdent leur clarté, les Allemands leur son rond et fondu, les Amstellodamois leur relâchement et décontraction est critiqué par les défenseurs d’un système révolu de tradition nationale. Mais il semble que les orchestres Moscovites, après avoir cédé aux sirènes de l’Occident, semblent s’être de nouveau tourné vers ce qu’ils font de mieux : jouer de la musique comme les Russes savent la jouer.


Vladimir Jurowski, chef d'orchestre du Svetlanov

Les orchestres de l’URSS sont nombreux à avoir changé de nom, à commencer par ... le National d’URSS, devenu le Symphonique Svetlanov, en hommage à son chef historique. Sa direction bicéphale (Vladimir Jurowski directeur musical et Vasily Petrenko premier chef invité) a su perpétuer l’excellence de l’une des meilleures phalanges du pays. Jurowski, qui est sans aucun doute l’un des meilleurs chefs du monde, a fait de la sonorité Soviétique son cheval de bataille (il est capable de faire sonner son orchestre Londonien, le London Philharmonic Orchestra, comme le plus Soviétique de tous les ensembles).

L’Orchestre de la Radio Moscovite est lui devenu l’Orchestre Tchaïkovsky sûrement pour poursuivre un développement à l’international encore plus poussé suite à la dissolution de l’URSS. Son chef historique Vladimir Fedoseyev, qui a gravé de nombreuses interprétations du répertoire Russe qui font toujours aujourd’hui référence, a fait de « son » orchestre une sorte d’ensemble soviétique 2.0 à l’image du Russian National Orchestra de Pletnev, entre tradition et modernité.




Mikhail Pletnev, fondateur et chef principal du RNO

La chute du mur a aussi été l’occasion pour de nombreux orchestres de voir le jour. Des orchestres privés d’abord, dont le plus brillant d’entre eux : le Russian National Orchestra. Bâti de toutes pièces par le maestro Mikhail Pletnev dans les années 90 il atteint aujourd’hui des sommets dans l’interprétation de la musique Russe. Le RNO évolue à des hauteurs où l’on ne trouve guère plus que le Philharmonique de Saint-Pétersbourg dirigé par Yuri Temirkanov pour le concurrencer. L’ensemble Musica Viva, orchestre privé qui a lui aussi élu résidence à Moscou, est dirigé par le violoncelliste et chef d’orchestre Alexandre Rudin qui représente une sorte d’institution à lui seul à Moscou.

D’autres orchestres plus modernes ont été créés sous l’impulsion du pouvoir Russe : le Philharmonique National de Russie en 2003 et le Novaya Rossiya en 1990. Les clés de ces deux ensembles ont été confiées à deux solistes et chef d’orchestres reconnus : Vladimir Spivakov, créateur et directeur de l'Orchestre de chambre des Virtuoses de Moscou, a été nommé au National de Russie, tandis que Yuri Bashmet, altiste parmi les plus reconnus du monde, s'est retrouvé à la direction du Novaya Rossiya.



Il est tout de même de nombreuses choses qui ne changent pas. Le Bolchoï est toujours le Bolchoï et le Philharmonique de Moscou est toujours le Philharmonique de Moscou.

Mais les deux orchestres Moscovites souffrent de la concurrence de leurs homologues Pétersbourgeois. Le Bolchoï ne jouit pas de l’aura internationale de la machine de guerre aux effectifs pléthoriques créée par Valery Gergiev au Mariinsky, mais n'en reste pas moins une formation d’élite capable de tutoyer les sommets, particulièrement quand l’on retrouve dans la fosse un certain Tugan Sokhiev, que les mélomanes Français ou Allemands commencent à bien connaître ...


Yuri Simonov, chef historique du Philharmonique de Moscou

Le Philharmonique de Moscou, lui, bénéficie de la sympathie éternelle du public Moscovite envers son chef historique Yuri Simonov, mais tient difficilement la comparaison avec les Pétersbourgeois de Yuri Temirkanov. S’il n’a plus tout à fait l’éclat qu’il avait sous la baguette de Kirill Kondrashin, de jeunes chefs talentueux comme Dimitris Botinis donnent un nouveau souffle à cet orchestre que l’on sent capable du meilleur.


Pavel Kogan

Une autre chose qui semble immuable est le son produit par le MGASO, devenu le MSSO (Moscow State Symphony Orchestra). L’orchestre, sous l’influence de Pavel Kogan, a su conserver une esthétique profondément Soviétique. Le musicien du MSSO est une espèce endémique Moscovite, s’aventurant très rarement loin de l’acoustique de la grande salle du Conservatoire Tchaïkovsky, acoustique qu’il maîtrise si bien. Entendre le MSSO jouer sous la baguette de Kogan c’est faire un bond dans le passé, c’est écouter le son préservé d’un véritable orchestre Soviétique sous la figure autoritaire d’un chef brillant comme il en existe peu.



Vous l’avez compris, l’offre orchestrale à Moscou est pléthorique et difficile à décrypter. La multiplication des salles de concert rend le tout encore moins lisible : il faut les soirs de concerts s’amuser à trouver la meilleure affiche entre la grande salle du conservatoire, la nouvelle philharmonie du parc Zaryadye, la salle de concert Tchaïkovsky, la salle Rachmaninov ou encore les auditoriums des différents musées (musée Glinka, musée Scriabine ...). La vie de la musique classique est à Moscou à l’image de la ville, dynamique, foisonnante et... pas toujours très claire. C'est une sorte de petit monde en ébullition aux repères identitaires en perpétuel mouvement, perdu quelque part entre modernité, héritage Soviétique et grande tradition Russe.

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